Assise sur un de ces sièges, les pieds posés sur les bâtons d'un autre, la vieille était si bien absorbée par la lecture d'un roman qu'elle ne releva pas même la tête quand le baron vint prendre près d'elle la chaise sur laquelle il allait s'asseoir. Le jeune homme, peu soucieux qu'on put le croire en compagnie d'une dame aussi mûre, traîna sa chaise en arrière de la liseuse, de l'autre côté de l'arbre, et se plaça tournant le dos à celle qui l'avait précédée en ce coin écarté.

Cela fait, il alluma un cigare, et, tout rêveur, se mit à fumer, l'oeil perdu dans le vide, à vingt mètres devant lui. Sa rêverie, paraît-il, était de celles qui font parler tout haut, car, bientôt, il lâcha ces paroles:

—La mère, avez-vous l'argent?

—Oui, mon garçon. Dix beaux billets de mille francs, répondit la vieille dame sans sortir le nez de son livre. Je suis allée, ce matin, pour te les porter rue de Turenne... mais j'ai trouvé figure de bois... Alors je suis venue t'attendre ici, au rendez-vous.

—Oh! oh! dix mille francs! un joli magot! fit le baron enchanté.

—Oui, mais il ne faudrait pas encore compter sur une pareille léchée, fiston.

—Elle vous a été dure à obtenir?

—Obtenir? répéta la vieille dame en ricanant. Ah! ouiche! Avec ça qu'il faut la croix et la bannière pour tirer du grigou une centaine de francs!

—Alors, comment vous êtes-vous procuré la somme?

—Je n'ai eu que la peine de la prendre dans le tiroir où mon imbécile l'avait placée devant moi en oubliant la clé sur la serrure.