—Alors, mets ton chapeau sur la chaise près de toi. En passant, je vais y glisser le magot.
Le Tombeur-des-Crânes, qui tournait la tête à droite, entendit à sa gauche le bruit sourd de la liasse de billets qui tombait dans la coiffe de son chapeau, en même temps que l'ancienne Belle-Flamande s'éloignait en répétant:
—Ça craque! ça craque!
Le plus négligemment du monde, le baron avait repris son chapeau.
—Elle a raison, c'est mon va-tout! murmura-t-il pendant que sa main se refermait sur les billets de banque.
Songeait-il au meilleur emploi à faire de ses dernières ressources pendant les cinq minutes qu'il demeura rêveur après le départ de sa mère? Le résultat de ses réflexions fut qu'il se leva de sa chaise en disant:
—Mon va-tout?... Non... il me restera encore la petite maison de Billancourt où, la nuit dernière, m'a conduit, bien à son insu, l'amant d'Héloïse?
Alors, se rappelant que Gustave Cabillaud avait aussi des projets sur cette maison, il se répéta en riant un des proverbes que venait de lui citer la Belle-Flamande:
—Ce n'est pas toujours celui qui a chauffé le four qui enfourne.
Si confiant qu'il fût en son audace, le Tombeur-des-Crânes, tout en les taxant d'exagération, était contraint de s'avouer qu'il y avait un peu de vérité dans les craintes maternelles. Certes, il était loin d'admettre le «ça craque» de la Belle-Flamande, mais il lui fallait reconnaître qu'il s'était produit un temps d'arrêt dans la veine heureuse qui avait signalé ses débuts dans la peau d'un baron.