Expliquons d'abord comment Alfred était devenu M. de Walhofer.

Après des alternatives de succès et de malechances, où la vache enragée avait dominé, la troupe de la Belle-Flamande était venue sombrer en France devant un huissier qui avait vendu le matériel, les costumes et accessoires, la voiture et ses rossinantes, la tente et ses tréteaux.

Les artistes s'étaient alors séparés.

La première à décamper avait été Cydalise qui, en sa qualité de belle fille allant chercher fortune, s'éloigna sans aucune crainte de l'avenir.

—Au revoir! lui avait dit le Tombeur-des-Crânes.

—Ah! non, j'ai assez d'être battue! Donc, pas au revoir, mais adieu, tout ce qu'il y a de plus adieu! avait-elle répondu.

Elle était partie heureuse de cette espèce de délivrance, sans se douter qu'une femme de sa sorte, dont les instincts bas finissent toujours par avoir la nostalgie de la boue, ne pouvait se soustraire complètement à l'empire d'un être de l'acabit d'Alfred.

Le dernier qui se détacha de la Belle-Flamande fut celui qui, dans les séances de second, représentait le magnétiseur de Cydalise. C'était un ancien greffier de tribunal qui s'était réfugié dans la voiture des saltimbanques pour échapper à la justice belge, qui voulait lui demander compte de nombreux faux.

Le fait était que ce gaillard avait un prodigieux talent à imiter les signatures et à falsifier les actes les plus authentiques.

—Si jamais vous avez besoin de moi... avait dit l'ancien greffier à la Belle-Flamande en prenant congé d'elle.