Oui, certes, elle avait eu vingt fois raison de tant hésiter avant de tracer ce billet, et, après l'avoir écrit, elle avait eu non plus vingt, mais cent fois raison de l'anéantir.
En vérité, c'était un fier malin que ce docteur Gustave Cabillaud qui s'assurait une telle garde à carreau contre les défaillances futures, voir la trahison, de celle dont il voulait faire la complice de son sinistre moyen de conquérir une fortune.
Avec son billet en poche, maître Gustave n'aurait eu, plus tard, qu'à se mettre au pied de l'échafaud pour voir Héloise y monter, puis à s'en aller après, lui, avec sa tête bien solide sur ses épaules.
Tudieu! le hardi et rusé renard! Comme il s'entendait à jouer des femmes hébétées par la passion. Il n'y allait pas à la doucette, lui qui marchandait son amour au prix du billet que j'avais sous les yeux.
Voici quelle était la teneur de cet écrit dont, évidemment, Gustave, en l'exigeant, devait avoir imposé les termes, car du diable! si Héloîse était capable d'une pareille prose.
«Oui, mon Gustave adoré, pour toi j'ai voulu la mort de Ducanif parce que sa dépouille me procurait une fortune à t'offrir, et aujourd'hui, malgré tous tes efforts pour faire triompher ton innocence, tout t'accusera de complicité dans ce crime. Moi-même en me dénonçant, je t'entraînerai dans ma perte, si ton abandon se prolonge. Reviens!... A cette heure, je te prie encore... Demain je commanderai.—Héloïse.»
Et l'écrit était sans date, ce qui lui laissait à prendre sa valeur le jour où le Ducanif aurait été expédié.
Héloïse avait déchiré ce premier billet. A coup sûr, demain, affolée d'amour, elle l'écrirait encore. A mon avis, l'existence de Ducanif ne valait pas quatre sous.