—Oh! oh! déranger, répétai-je en riant, tu parles pour les autres, car le service de la demoiselle ne doit te concerner en rien puisqu'elle a sa femme de chambre.

—C'est justement où tu te casses le nez, mon bonhomme. On attendait l'arrivée d'une cuisinière pour laisser la femme de chambre prendre un congé de quinze jours. Elle doit décamper demain. De sorte que, pendant cette quinzaine, c'est moi qui aurai, chaque soir, quand elle se mettra au lit, la corvée d'apporter sa potion à mademoiselle Pimbêche.

Et, avec une intonation rageuse, elle grinça, en crispant les poings:

—En voilà une que j'ai dans le nez!

—Dame! si elle t'a donné raison de la détester? insinuai-je d'un ton approbateur pour la pousser aux confidences.

—Crois-tu que cette poupée, les deux ou trois fois que nous nous sommes rencontrées dans la rue, avant mon entrée chez le père, m'a ri au nez en me regardant comme si elle voyait un phénomène!!!

Teinte en brune et avec le nouveau genre de coiffure que le coiffeur lui avait fait adopter, Cydalise ne ressemblait en rien à ce qu'elle avait été deux jours auparavant. Il eût été vraiment impossible de reconnaître en elle, à cette heure, calme, étudiée en ses gestes, aux bandeaux plats, cette même créature à la démarche dégingandée, à l'oeil hardi, à la chevelure broussailleuse et rutilante, à la mise de promeneuse à travers choux.

Quand elle avait rencontré l'ancienne Cydalise, mademoiselle Grandvivier avait donc été fort excusable d'avoir souri à la vue de cette espèce d'oiseau fou au plumage si éclatant, qui aurait même fait se retourner les chiens.

C'était donc là ce gros crime qui avait allumé le ressentiment de Cydalise, laquelle, je le répète, était facile à prendre les gens en grippe.

Sa bile, à propos de sa jeune maîtresse, étant un peu soulagée, Cydalise reprit la désignation qu'elle me faisait, derrière le rideau de notre fenêtre, des aîtres de la maison du magistrat.