Aussi le baron, qui avait entendu ces adieux, fut-il fort étonné de voir le docteur, quand il fut seul, remonter la rue Méhul.

—Mais ce n'est pas du tout la route de son lit, se dit-il.

Et, quittant sa retraite, il prit curieusement la piste du jeune médecin.

Ce dernier marchait d'un pas sec et pressé qui, claquant sur le granit du trottoir, l'empêchait d'entendre la marche de celui qui le suivait.

Minuit, qui allait tinter, rendait rares les boutiques encore ouvertes. Sur sa route, Gustave rencontra un magasin d'épicerie dont les employés étaient en train de mettre les volets, dans lequel il entra.

Walhofer arriva à temps pour pouvoir, à travers une travée de la devanture non encore fermée, plonger son regard dans le magasin, où il vit un garçon servir au client retardataire l'engin d'éclairage vulgairement appelé rat-de-cave.

Du coup, le baron resta penaud. Cet achat dénotait simplement la précaution d'un homme qui, rentrant chez lui après minuit, s'attend à trouver éteint le gaz de l'escalier et qui ne veut pas se casser le nez dans l'obscurité.

—Quoi! pensa le baron surpris, il a fait un tel détour pour acheter un rat-de-cave qu'il eût trouvé chez dix épiciers encore ouverts sur sa route!

L'étonnement de Walhofer s'amoindrit à la vue de la direction prise par Gustave en sortant de la boutique.

—Décidément, il tourne le dos à son lit et ce n'est pas pour s'éclairer dans son escalier qu'il a fait cette acquisition, se dit-il en reprenant la piste du médecin.