—Je suis horriblement torturé par une idée fixe.
—Laquelle? demanda le docteur pensant aussitôt qu'il se trouvait en présence d'un monomane.
—L'idée de me marier.
—Idée facile à réaliser, fit Cabillaud avec un sourire, en menant de front la double tâche de flatter la manie de son client et d'avaler des huîtres, mets qu'il adorait au suprême.
—Mais non, appuya le baron, pas facile à réaliser puisque je vous ai dit que c'est une idée fixe, c'est-à-dire une idée qui se butte sur un point et n'en veux pas démordre... Or mon idée est d'épouser une certaine personne. Il me la faut! Je n'en veux pas d'autre! Me comprenez-vous?
—Parfaitement! lâcha Gustave s'ancrant plus ferme dans la conviction que son client avait le cerveau détraqué.
—Voilà pourquoi je me suis adressé à vous. Je me suis dit: Le docteur Gustave Cabillaud me tirera de peine.
—Permettez-moi de vous faire observer qu'un mariage n'est pas de la compétence d'un médecin. Il y a à Paris des gens, dont c'est l'état, qui se feront intermédiaires entre vous et...
Mais le baron ne le laissa pas achever; il se campa les coudes sur la table et, en regardant Gustave entre les deux yeux, il articula sèchement:
—En un mot, mon cher docteur, je veux épouser mademoiselle Ducanif.