Cabillaud était en train d'avaler une huître. Du coup, il la trouva amère, il eut un petit tressaut sur sa chaise et à son tour il braqua ses yeux sur M. de Walhofer dont, jusqu'à ce moment, il n'avait que très vaguement examiné le visage. Cette fois l'étude fut si consciencieuse, si bien approfondie, qu'il se demanda avec crainte:
—D'où sort ce flibustier?
Il n'eut pas le loisir de placer un mot, attendu que le baron, pendant qu'il était en train de lui causer des émotions désagréables, jugea utile de faire bonne mesure en ajoutant d'une voix qui traînait sur les mots:
—Épouser mademoiselle Ducanif... avant, bien entendu, qu'elle soit orpheline de père.
Il ne songeait plus du tout à gober des huîtres, ce bon Gustave. Il demeurait ébahi de surprise, la gorge un peu serrée, se demandant toujours d'où venait, si bien instruit, ce gas qui entrait dans son jeu. Oui, si bien instruit que, eût-il voulu en douter, l'hésitation ne lui aurait plus été permise, quand il entendit M. de Walhofer lui donner ce conseil:
—Si vous ne pouvez, à vous seul, me faire obtenir mademoiselle Ducanif, vous demanderez à Héloïse de vous donner un coup de main.
Gustave n'était pas de ces imbéciles ou de ces têtus qui s'obstinent, au lieu de le contourner, à vouloir renverser un obstacle se dressant sur leur route. L'ennemi qui lui tombait sur le dos tant à l'improviste, en savait trop pour qu'il essayât de finasser avec lui. Mieux valait donc, tout de suite et carrément, entrer en composition; quitte, plus tard, à prendre sa belle. En homme résolu à faire la part du feu, il demanda donc nettement:
—Précisez ce que vous exigez de moi.
—Mais je vous l'ai dit, docteur: je demande que vous me fassiez épouser mademoiselle Ducanif.
—Rien que cela?