—Très bien! reprit-il. Maintenant, permettez!

En même temps qu'il prononçait son «permettez», le baron appliquait le bout du canon de son revolver sur le front du médecin, puis, de l'autre main, il lui mettait la lettre d'Héloïse sous les yeux, en ajoutant:

—Là, docteur, à présent, lisez à votre aise, prenez bien votre temps pour savourer cette prose... Seulement, vous êtes prévenu, pas de gestes!

Après avoir lu, Gustave était muet d'épouvante.

C'était bien là, écrit par Héloïse, ce billet qu'il avait exigé d'elle pour sa sûreté future. Ligne par ligne, la teneur de la lettre était cette déclaration qu'il avait imposée à sa maîtresse.

Entre les mains d'un ennemi, ce papier était une arme terrible. Mais comment ce baron en était-il devenu possesseur?

En s'adressant cette question, il sentait sa terreur se doubler d'un étonnement indicible. Cela tenait du sortilège. Quand il avait renoué avec Héloïse, sans avoir pu obtenir d'elle la lettre qui, après l'assassinat de Ducanif, devait la compromettre seule, celle-ci lui avait avoué qu'en un moment de faiblesse elle avait tracé cet écrit, mais que, tout aussitôt, elle l'avait anéanti.

Alors elle lui avait conté la scène qui avait eu lieu en présence de Cydalise et de son amant.

—N'ont-ils pu lire par-dessus ton épaule? avait-il demandé.

—Impossible. Ils étaient tous deux dans un angle de la chambre pendant que j'écrivais.