—Quel est cet amant de Cydalise?

—Un beau blond à longues moustaches, d'une trentaine d'années, avec une cicatrice à la joue, qu'elle appelait Alfred. Il m'a eu l'air d'être une pratique finie... un garçon qui n'a pas froid aux yeux.

—Si tel il est, il reste à craindre qu'après ton départ il n'ait ramassé et rassemblé les morceaux de la lettre... Des écrits pareils se brûlent au lieu de se déchirer.

—Oh! ce que j'ai fait est tout comme, car j'en ai avalé les morceaux, avait affirmé Héloïse pour le rassurer.

Or, comment cet écrit se trouvait-il entre les mains de M. de Walhofer? Et il n'y avait pas à se dire que c'était une copie. Non, de la première à la dernière ligne, l'écriture d'Héloïse était indéniable.

Bref, telle était grande la stupéfaction, compliquée de terreur secrète, qui figeait sur place Gustave, que le baron, jugeant la lecture terminée, put tranquillement replier le billet et le réintégrer en sa poche avec le revolver. Après quoi, il reprit en gouaillant:

—Continuons à causer de mon mariage avec cette charmante demoiselle Ducanif que j'adore sans l'avoir jamais vue.

Depuis le premier mot qui lui avait donné l'alarme, Gustave n'avait cessé de se demander d'où venait cet audacieux rogneur de parts.

Enfin, subitement, sa mémoire lui vint en aide. Elle lui rappela le portrait qu'Héloïse lui avait tracé de cet Alfred, l'amant de Cydalise, le beau blond à longues moustaches, à la joue marquée d'une cicatrice.

Du moment qu'il savait à qui il avait affaire, Gustave retrouva la plus grande part de son sang-froid. De coquin à coquin on pouvait s'entendre.