En effet, des profondeurs de la cave, montait, pas encore distincte en ses paroles, la voix d'Héloïse dont l'accent était désespéré.

Héloïse avait tout droit de se désespérer, car le Tombeur-des-Crânes, quand il eut continué de descendre l'escalier, s'arrêta, cloué par la surprise sur la dernière marche, en l'entendant qui disait:

—Je t'en supplie, Gustave, accorde-moi la vie!... Sauve-moi et je t'abandonne ma part du portefeuille.

Et, du coin obscur où il se cachait, le Tombeur-des-Crânes, à la lueur de la bougie qui éclairait la cave, voyait la cuisinière se tordant sur le sol aux pieds du docteur.

—Sauve-moi! répétait-elle.

—Impossible! ricanait cruellement Gustave. Si je te donnais le contrepoison en croyant à tes belles promesses, ta première pensée, demain, serait de te venger, et, quitte à te perdre avec moi, tu irais me dénoncer... Non, non, les choses sont bien telles qu'elles sont.

—Ingrat! lâche! scélérat! gémissait la cuisinière.

—Oui, tout ce que tu voudras, excepté imbécile... Ah çà! t'imaginais-tu, ma fille, que je serais assez bête pour partager, quand ta mort assure complètement ma sécurité?

En accentuant ses paroles d'un rire cruel, Gustave poursuivit:

—Comment! toi, une fine mouche, tu as pu t'imaginer que je ne profiterais pas des circonstances que les événements ont rendues si favorables pour moi? Tiens, écoute mon plan: Au lieu de jeter tout à l'heure ton corps dans cette seconde cave, je le remonterai là-haut et, sur un même lit d'une des chambres à coucher de la maison, je l'étendrai avec celui de Ducanif... Sur une table, à votre chevet, je placerai les deux verres à demi vidés par vous... et, plus tard, quand on découvrira vos cadavres couchés côte à côte, les journaux ne manqueront pas de répéter à l'envi: Encore un double suicide par amour! Le sieur Ducanif, marié et père de famille, s'était pris pour la fille Héloïse Blanchon, sa domestique, d'un violent amour qui, du reste, était partagé. Le mariage de Ducanif rendant toute union impossible entre les deux amants, ils avaient résolu d'en finir ensemble avec la vie. Ils ont été s'empoisonner dans une petite maison de Billancourt où leurs cadavres ont été découverts sur le même lit, se pressant en une étreinte suprême. En plus des deux verres à demi pleins de poison qui ont été retrouvés auprès du lit le suicide est amplement prouvé par la précaution de Ducanif qui, en haine de sa femme, avait pris soin, avant de mettre son dessein à exécution, de dénaturer sa fortune. On est en droit de croire que le malheureux, pour que sa veuve ne pût rien avoir après lui, aura brûlé tous les titres au porteur que, dans la quinzaine ayant précédé son trépas, il avait échangés contre ses biens fonds. Puis les journaux ajouteront: Encore une preuve à l'appui de la nécessité de rétablir le divorce! Et tout sera dit.