Fraimoulu étouffait trop dans sa peau pour ne pas demander mieux que de se dégonfler par une confidence. Aussi lâcha-t-il brusquement:
—Sais-tu ce qu'il m'a fait, ton Hilarion?
—D'abord, cher oncle, je vous ferai remarquer que mon Hilarion était plutôt le vôtre que le mien, car c'est vous, qui lui donniez deux cents francs par mois... plus un supplément de trente francs parce qu'il parlait l'indien... plus encore vos vieux habits.
Gontran devait avoir touché l'endroit sensible, car tout aussitôt, Fraimoulu entra dans la voie des aveux.
—Sache donc, neveu, que pendant huit jours j'ai vécu dans une immense stupéfaction. Je me trouvais en présence d'un phénomène à dérouter la science la plus profonde. J'aurais fait venir tous les savants du monde pour les consulter qu'ils en seraient restés bouche béante.
—En vérité! fit Gontran qui flairait quelque mésaventure comique et qui n'aurait pas ri pour deux empires.
—Oui, bouche béante! continua l'oncle. Inutile de te dire que, durant tout le passage de ces quatorze maritornes qui se sont succédé à mes fourneaux, je n'ai goûté à leur cuisine que du bout de la langue, tout juste ce qu'il me fallait pour constater qu'elles me servaient d'infâmes ratatouilles... De sorte que je mourais littéralement de faim! Tu m'entends bien? Je mourais de faim!
Après ces mots, sur lesquels il avait appuyé pour préparer son effet, Fraimoulu reprit gravement:
—C'est alors que se produisit le phénomène dont je t'ai parlé... et que je te donne à deviner.
—Oh! moi, vous savez? il ne faut pas attendre que j'aie deviné pour prendre un train. On risquerait d'arriver en retard.