L'oncle, secouant la tête, débita donc:

—Apprends alors que, moins je mangeais, plus j'engraissais.

—Pas possible! fit Gontran qui retint un éclat de rire.

—J'engraissais à ce point que je ne pouvais plus entrer dans mes habits... oui, dans de telles proportions et en une seule nuit, qu'un pantalon ou un veston, que j'avais mis la veille, aurait éclaté si, le lendemain, j'avais persisté à vouloir m'y introduire. J'étais donc forcé d'abandonner à Hilarion, comme je le lui avais promis, ces vêtements qui m'étaient devenus impossibles... Au bout de cinq jours de ce phénomène aussi extraordinaire que continu, toute ma garde-robe y avait passé... même ma robe de chambre! Si j'avais voulu sortir, comme je te l'ai dit, j'aurais été contraint d'aller en ver de terre.

—Et moi contraint aussi d'aller au poste pour vous réclamer.

—Alors, sais-tu ce que j'ai fait?

—Vous avez écrit à l'Académie des sciences pour lui faire part de votre découverte du moyen d'acquérir de l'embonpoint en ne mangeant pas?

—Non. J'ai écrit à mon tailleur pour qu'il vînt me prendre mesure de vêtements plus larges.

—Et il est venu?

—Le lendemain même, pendant une absence d'Hilarion. C'est moi qui ai été ouvrir à son coup de sonnette. Il a tiré son mètre en cuir et son calepin, et s'est mis à me prendre la mesure du tour de ventre. Juge de mon ahurissement quand, après avoir consulté son métrage, il m'a demandé bien tranquillement: