—Dame! si j'avais été tué au service, Henriette aurait eu droit à une pension!... Voilà quelle a été ma pensée quand Chauffard me tenait au bout de sa carabine.
Et, avant que je pusse dire un mot, il continua d'une voix émue:
—J'ai beau me répéter que j'ai bon pied, bon oeil, je me répète aussi que de plus solides que moi ont brusquement défilé la parade... Aussi suis-je sans cesse inquiet du sort de ma fille... Elle mérite de trouver un brave garçon qui l'épouse, allez! je vous en réponds!
—Alors, mariez-la.
—Oui, la mettre dans la misère à deux, n'est-ce pas? Unir rien avec rien. Jamais!... Je veux que mon enfant ait une petite dot... si petite qu'elle serait, et avec le tout petit peu qu'apporterait le mari cela ferait un commencement, un début dans la vie. Et j'en suis convaincu, avec le travail, la conduite et la probité, les écus doivent toujours finir par produire des petits. Est-ce qu'un grand troupeau ne peut pas provenir d'une première et seule brebis?
—On m'a dit, je crois, que vous aviez déjà commencé une dot pour votre fille? avançai-je.
—Oui, quatre pauvres malheureux sous, ricana Vernot avec une ironie navrée; puis plus rien n'est entré dans le sac... A mon début dans les douanes, j'étais tout feu, tout flamme. J'avais la main heureuse. Mes primes sur les saisies abondaient. Alors j'ai commencé la dot... Puis un satané guignon s'en est mêlé; plus un radis! D'un côté, ce contrebandier dont la meute m'échappe; de l'autre, ce Chauffard que je ne puis agrafer, m'ont apporté la déveine... Et ma gentille Henriette est d'âge à se marier... Alors vous comprenez pourquoi j'ai regretté que le fusil de Chauffard eût raté.
—Voulez-vous bien renoncer à de pareilles idées! m'écriai-je vivement.
—Eh! eh! fit Vernot, songez-y donc! Une pension de l'État, c'est, pour une jeune fille, une jolie entrée en ménage.
J'allais répliquer, quand il s'écria tout à coup: