De ce que le nez lui restait planté au milieu de la face, cela n'aurait pas suffi pour convaincre Héloïse, si le portier, charmé par le don des quarante sous, n'avait ajouté:

—Mon locataire, pendant ses absences, me laisse sa clef. Voulez-vous que je vous la confie? Vous monterez pour vous assurer par vous-même que la chambre est vide de tout habitant de l'un ou de l'autre sexe.

A cette offre, la conviction se fit en Héloïse. Mais alors elle s'alarma. Personne chez le baron de Walhofer. Personne chez Alfred, le Tombeur-des-Crânes. Est-ce que la même cause qui avait fait disparaître Gustave ne pouvait pas avoir aussi supprimé l'autre?

Elle était donc là pensive, debout devant la porte de la loge dont elle empêchait l'entrée, quand, derrière elle, se fit entendre la voix d'une femme qui demandait:

—Alfred est-il chez lui?

Héloïse se retourna brusquement. Mais son mouvement avait été moins prompt que celui de l'arrivante qui, après s'être présentée, par oubli sans doute, avec le visage découvert, venait de rabattre sur sa figure un voile épais.

La cuisinière se trouva donc en présence d'une femme d'allure un peu massive, d'une mise bourgeoise et dont le voile empêchait de deviner l'âge. La voix, néanmoins, avait frappée Héloïse par son accent éraillé et légèrement trivial.

Mais si le voile, rabattu à temps, avait caché à la cuisinière les traits de la dame, il n'en était pas de même du portier auquel la visiteuse s'était d'abord adressée à visage découvert.

—Où ai-je déjà vu cette face-là? était en train de se demander le digne savetier.

Comme, tout ahuri, il ne répondait pas, la dame lâcha cette phrase qui n'accusait pas positivement une princesse: