Pas un mot ne fut dit entre nous, Alfred avait compris que j'allais le tuer comme un chien. Mon arme était à peine en joue, qu'il s'était brusquement baissé, une main en terre, tout ramassé pour s'élancer sur moi aussitôt le coup parti.
Le craquement de la batterie de mon fusil me rappela que j'étais désarmé. Ce bruit avait été aussi entendu par Alfred. En un saut, il fut sur moi, le couteau au poing. Mon fusil, que je pris des deux mains et que j'opposai en travers à son élan ne lui permit pas de m'atteindre en plein corps... Une de mes mains fut traversée par le couteau. Il recula d'un pas pour s'élancer à nouveau, temps dont je me servis pour saisir mon fusil par le canon: il était devenu une massue. Maintenant, j'étais d'attaque.
Rien qu'à me voir brandir mon arme ainsi transformée, le Tombeur-des-Crânes devina, comme on dit, que j'étais du bâtiment, et qu'avec son seul couteau pour arriver à la parade, il allait se faire assommer.
Il s'effaça d'un saut de côté et disparut dans les taillis qui bordaient la route.
Mon plus pressé n'était pas de le poursuivre. Je m'élançai dans la maisonnette dont, par prudence, je refermai la porte derrière moi.
La Godaille avait arrêté subitement son récit.
—Eh bien, monsieur Frédéric? dit vivement Gontran dont la curiosité tendue s'accommodait peu de cette brusque interruption.
Frédéric Bazart se mit à rire.
—Je crois que c'est le vrai moment, monsieur Lambert, de vous dire: «La route est belle!» débita-t-il.