Gontran le regarda sans comprendre.

—Oui, «la route est belle... On ne verse pas,» appuya la Godaille expliquant sa plaisanterie. Je vous avouerai que, depuis que je parle, mon gosier à eu le temps de se dessécher. Or, si on versait un peu... de n'importe quoi... un grog, par exemple...

—Ah! mille pardons! fit Gontran qui alla chercher dans le buffet tout ce qui était nécessaire à la confection d'un grog.

Et, quand il se fut désaltéré, La Godaille continua:


—Ce serait fièrement mentir, si je vous disais qu'après tous ces tragiques événements, le sommeil, quand je fus étendu dans mon lit, vint aussitôt me trouver. Je me tournai et retournai de longues heures durant sur ma couche avant de m'endormir. Encore mon repos ne fut pas de longue durée. Je fus réveillé par le vacarme des voix des habitants, qui, les uns interrogeant, les autres répondant, se tenaient rassemblés devant la porte de l'auberge de Trudent.

Il était question des événements de la nuit qu'on connaissait par les douaniers.

En un clin d'oeil, je fus habillé. Je descendis me mêler aux villageois. Dans le groupe où je me glissai, une commère était en train de dire:

—Cette fois, le pauvre brigadier Vernot a perdu la partie. On ne peut pas avoir toujours le bon bout. Hier, il a triomphé du Tombeur-des-Crânes; aujourd'hui c'est Chauffard qui lui a fait son affaire... Et malheureusement, pour cette partie-là, le brigadier ne peut pas demander sa revanche, comme il en a accordé une au Tombeur-des-Crânes.

—Ah! à propos du Tombeur-des-Crânes, interrompit le facteur rural, il faut croire qu'il aura eu peur d'être blagué dans le village pour sa double défaite, car ce matin, à la pointe du jour, lui et les autres de la troupe ont décampé... Ils en avaient le droit, du reste, car ils ont payé Trudent rubis sur l'ongle.