Bravant les magistrats, que la crainte d'une vengeance faisait reculer, ne redoutant rien des campagnards abrutis par l'épouvante, sachant que le gouvernement avait d'autre souci que de lancer ses troupes à leurs trousses, en un mot, sûrs de l'impunité, des ramassis d'exécrables scélérats s'étaient formés pour le viol, le pillage, l'assassinat et la torture des victimes, dont ils chauffaient les pieds pour leur faire avouer la cachette où elles avaient enfoui leurs écus. De tous ces groupes, le plus nombreux et surtout le plus cruel, avait été connu sous le nom de Bande d'Orgères. Douée d'une puissante organisation, cette bande avait pour chef un gars de vingt-neuf ans, véritable colosse, surnommé le Beau François.
Nombreuse, ayant ses statuts qui punissaient inexorablement de mort la trahison, comptant partout d'innombrables affiliés pour indiquer les coups et en vendre le produit, possédant ses refuges ignorés au milieu des forêts qui couvraient un tiers du pays, la bande d'Orgères, conduite par le Beau François, avait exploité et terrifié la plaine jusqu'au jour où un homme, un seul homme, avait entrepris sa destruction.
Cet homme était un simple brigadier de gendarmerie du nom de Vasseur.
Seul, nous le répétons, pendant de longs mois, il s'était acharné à cette tâche où il avait tout à la fois contre lui ceux qu'il avait juré de détruire et ceux qu'il voulait protéger, car la peur empêchait ces derniers de parler. Longtemps, sous divers travestissements, il avait battu la plaine, étudiant les innombrables vagabonds ou marchands ambulants qui, à des rendez-vous indiqués par le Beau François, se transformaient, la nuit, en Chauffeurs.
Tous ses renseignements pris et son terrain bien étudié, Vasseur alors aidé de sa brigade, avait fait sa première arrestation et, pour son début, il avait eu la main heureuse, car il avait mis la main sur un révélateur dont les aveux lui firent, un à un, cueillir une vingtaine de coupables qui, pris au trébuchet, parlèrent, eux aussi, à qui mieux mieux.
Alors la terreur prit fin et la réaction s'opéra. Les autorités d'Orléans et de Chartres mirent à la disposition de Vasseur toutes les brigades de gendarmerie et un renfort de hussards. Dès ce moment, ce fut une chasse à courre, tant bien menée par l'infatigable brigadier, traquant les bandits dans leurs repaires. Il en bonda si dru les prisons de Chartres, qu'une épidémie s'y déclarant, faucha un bon tiers de ces gredins.
Les crimes de la bande étaient tellement nombreux que l'instruction du procès dura dix-huit mois. Quatre-vingt-six accusés avaient été épargnés par l'épidémie. C'est sur ce nombre que le jugement en avait désigné vingt-trois pour la guillotine.
En récompense de son énergique conduite, Vasseur avait été promu lieutenant de gendarmerie.
Nous croyons inutile d'ajouter que c'était lui qui, travesti en paysan aisé et se faisant appeler, par ses deux hommes, du nom de Rameau, venait de se présenter à la prison au moment où les condamnés allaient marcher à l'échafaud.
Le guichetier compléta ses renseignements: