Le sarcasme devait avoir réveillé quelque colère sourde dans le cœur de l'ex-brigadier, devenu lieutenant, car, aux paroles de la Grande Victoire, il avait pâli et une lueur de colère avait éclairé son regard. Néanmoins, il ne répliqua pas, pris de ce respect que la pitié inspire envers ceux qui vont mourir.

Mais si Vasseur n'avait pas répondu, la fureur n'en avait pas moins grondé en son cœur, et cette pensée lui était montée au cerveau:

—Je le repincerai, ce Beau François, et je jure bien que, cette fois-là, le coq ne s'envolera plus.

Et il avait grandement raison d'être furieux, le brave Vasseur, car il avait déjà empoigné le fameux chef de la bande d'Orgères... Malheureusement d'autres l'avaient laissé s'échapper.

Le Beau François avait été englobé dans un coup de filet avec six de ses hommes et conduit dans une des prisons de Chartres. Grâce à sa ruse de prendre un faux nom, on était resté dans l'ignorance de l'importance de cette capture.

Pendant les dix-huit mois qu'avait duré l'instruction, alors que l'épidémie, par suite de l'entassement des prisonniers, avait fauché plus d'un tiers de ces bandits, le chef des Chauffeurs avait su se faire admettre à l'infirmerie. Une belle nuit, il s'était évadé par un trou creusé par lui dans la muraille, trou si étroit que, pour pouvoir se glisser par cette ouverture, il avait été obligé de retirer sa veste qu'il avait dû abandonner.

Depuis cette évasion, si actives qu'avaient été les poursuites, on n'avait pu retrouver le Beau François, qu'on supposait avoir quitté le pays.

Sitôt leur chef parti, les prisonniers, par nargue, s'étaient empressés de faire connaître aux autorités quel était l'homme qu'elles avaient eu sous la main et qui avait pris le large.

De tous, Vasseur était celui que ce déboire avait le plus péniblement froissé. Son amour-propre s'était fait un point d'honneur de ne pas laisser le gredin jouir longtemps de l'impunité.

On comprendra donc maintenant quel flot de fiel avait remué en lui la plaisanterie des trois femmes qui ouvraient la marche des condamnés, et combien était menaçante pour le Beau François cette promesse que s'était faite le soldat en entendant le «cocorico» du trio femelle: