Comme il s'épuisait en efforts inutiles, un faible bruit se fit entendre dans l'obscurité de la cave.
—Quelqu'un était-il descendu ici avant moi? se demanda-t-il en prêtant l'oreille.
Une voix prudente prononça bien bas:
—C'est moi, la Saute. Je viens te délivrer... Donne-moi la main, laisse-toi guider.
C'était, en effet, Léocadie. En forte ménageuse de la chèvre et du chou, la digne créature s'était dit que, par cela même qu'un dogue a été rossé par un puissant molosse, il n'en est que plus ardent à mordre les autres chiens moins vigoureux que lui. Donc, elle avait à craindre que, tôt ou tard, le Beau-François la rendît responsable d'une défaite dont elle avait eu le tort d'être témoin. En vertu de ce raisonnement, qui ne manquait pas de justesse, elle avait pénétré dans la cave par la porte du cellier et, dans l'ombre, elle était arrivée au pied de l'escalier en haut duquel son ancien amant tentait de soulever la trappe.
Elle savait le colosse difficile à contenter. Il était homme à ne pas lui tenir compte de l'avoir délivré, en arguant qu'elle l'avait fait bien tard. Aussi s'empressa-t-elle de prévenir cette ingratitude en ajoutant:
—Il m'a été impossible de venir plus tôt. L'ours me surveillait tout en s'occupant de sa voiture.
—Oh! oh! fit joyeusement le Beau-François, qui descendit à la hâte l'escalier pour venir prendre la main de la Saute, qu'il serra fortement dans la sienne comme s'il craignait de laisser s'enfuir celle qui allait enfin satisfaire sa curiosité.
—Tu l'as vu s'occuper de sa voiture? répéta-t-il.
—Je l'ai vu, tant et si bien, que je sais ce qu'elle contenait, cette voiture soigneusement bâchée, appuya Léocadie en riant.