Pour que Fil-à-Beurre eût reconnu le Marcassin lorsqu'il venait à lui courant après la voiture, où s'était-il déjà rencontré avec lui? Comment pouvait-il deviner que Gervaise devait être une des deux femmes disparues dont, tout à l'heure, avec le Marcassin, il avait visité les chambres désertes? Nous remettrons à plus tard d'expliquer ces deux points.

Il s'était si brusquement mêlé au rapide et dramatique incident qui s'était produit et le Marcassin l'avait quitté si vite qu'il en était encore ahuri. Besoin était pour lui de retrouver son sang-froid et d'étudier les faits. En son esprit troublé se dressait, seule et sinistre, cette pensée que Gervaise était tombée au pouvoir du Beau-François, qui l'avait enlevée au Marcassin. Pour arriver à la découverte de ce qui avait dû se passer, le brave garçon cherchait à rassembler ses souvenirs.

—Quand le lieutenant, ses hommes et moi nous nous sommes mis à la poursuite de cette voiture, que la fatigue de nos chevaux nous a empêchés d'atteindre, elle était escortée de deux cavaliers; nous savions déjà que l'un était le Beau-François. À présent, moi, je sais que l'autre était le Marcassin.

Cela posé, la réflexion amena Barnabé à s'adresser cette question:

—Mais que sont devenues leurs montures?

Marcassin était parti à pied à la poursuite de son ennemi. Pourquoi pas à cheval? Était-ce donc que le Beau-François avait emmené les deux bêtes qui, en même temps qu'elles étaient nécessaires à l'enlèvement de Gervaise, mettaient le Marcassin dans l'impossibilité de le rattraper.

—Oui, le Beau-François a emmené les chevaux, finit par conclure Fil-à-Beurre.

Et c'était quand il venait d'élucider ce point, que, tout à coup, avait retenti derrière lui cette voix geigneuse qui débitait:

—L'inquiétude me torture tellement les entrailles que je crois que c'est moi qui vais accoucher.