—Gervaise est aux mains du Beau-François depuis une heure!
À ce moment, à l'autre table, le Saucisson-à-Pattes était en train de dire d'une langue un peu épaissie par le vin:
—Ma Léocadie était un bourreau de vertu. Elle m'a vu et, aussitôt, elle a compris qu'elle était devant son vainqueur. L'amour l'a jetée à mes pieds sans défiance. Aussi ai-je eu pitié d'elle. Je lui ai accordé ma main.
Sous l'émotion de colère froide qui lui était montée au cerveau à la terrible nouvelle que Gervaise était au pouvoir du Beau-François, le lieutenant amoureux fut injuste envers Fil-à-Beurre. Il se leva brusquement de table en disant:
—Comment! imbécile! voici une heure que tu me fais perdre à t'écouter... heure que j'aurais employée à la poursuite du bandit!
L'échalas secoua la tête et, bien tranquillement, répondit:
—Le poursuivre? à quoi bon? Nous ferions trop l'affaire du Beau-François qui, à mon avis, loin d'avoir gagné le large, doit être aux environs, tapi en quelque cachette d'où il guette notre départ pour pouvoir prendre ensuite la route sur laquelle il saura n'être pas poursuivi.
Alors, à l'appui de son dire, Fil-à-Beurre conta les faits auxquels il avait assisté, c'est-à-dire la mèche allumée sous la croupière du bidet de la voiture bâchée, pour que l'animal, affolé par la souffrance, entraînât le Marcassin à sa poursuite dans une direction opposée à celle que le Chauffeur comptait prendre pour détaler.
En écoutant le récit des trois chevaux estropiés dans l'écurie par le Beau-François, le lieutenant s'étonna:
—Pourquoi, au contraire, ne s'en est-il pas servi pour s'enfuir? demanda-t-il.