—Venez examiner, lieutenant.

La nuit, sans être trop claire, permettait de voir les objets à distance. Un peu plus loin, sur la Sarthe, apparaissait la masse sombre de la Juliette qui, depuis qu'elle avait démarré, aurait dû être déjà bien loin.

—Pourquoi est-elle encore là? et surtout pourquoi est-elle allée s'arrêter à l'autre rive, au lieu de revenir à celle-ci? demanda Vasseur.

—Parce que le bateau, descendant à la dérive, a été poussé par le courant de la rivière, qui porte sur la rive gauche.

—À la dérive? répéta le lieutenant; mais alors que fait donc l'équipage?

—Il dort à poings fermés, grâce au narcotique contenu dans le vin que je lui ai offert pour son coup du départ. Voilà donc comment, ainsi que vous le voyez, toute la largeur de la Sarthe sépare le bateau de notre siffleur enragé.

Pendant qu'ils étaient seuls, le lieutenant voulut satisfaire sa curiosité.

—Tu t'es fait connaître à moi avec le nom de passe, dit-il, mais j'ignore ton vrai nom.

—Meuzelin!

—Bigre!!! lâcha Vasseur avec l'accent de la plus sincère admiration pour le porteur de ce nom.