Parmi ceux qui étaient au fait des agissements du ministère de la police, et le lieutenant, par ses fonctions, était de ceux-là, on citait Meuzelin comme le plus habile et le plus audacieux des policiers de l'époque. Rien donc de plus justifié que l'exclamation de surprise louangeuse échappée à Vasseur, en apprenant qu'il se trouvait en présence de cette célébrité de la police.
Le compliment que contenait le juron du lieutenant fut compris par Meuzelin qui, faisant bon marché de l'éloge, répliqua gaiement:
—Peut-on se méfier du bonhomme ridicule que je représente... du Saucisson-à-Pattes, comme on m'appelle, dont la bêtise est citée à vingt lieues à la ronde? Je n'ai pas grand mérite, croyez-moi, à rouler tous ces naïfs de province.
Ensuite, redevenant sérieux:
—Voici le moment d'agir, dit-il; lieutenant, faites venir vos hommes.
—Armés? demanda Vasseur.
—Jusqu'aux dents, car je crois que nous aurons à batailler.
—Batailler, répéta dédaigneusement le lieutenant. Si vigoureux que soit le géant que nous allons prendre, nous sommes quatre hommes contre lui... et même cinq, en te comptant, Meuzelin.
—Oui, mais il ne faut pas me compter.
—Parce que?