—Malheureusement, non! dit madame de Méralec, émue et pâle. Il se trouvait dans le coupé de la diligence, que je partageais avec elle, une jeune femme. Les brigands l'ont arrachée, sans mot dire, de la voiture, et, sur le revers de la route, ils l'ont fusillée à bout portant.

—Fusillée! répéta Pipart; elle a donc tenté de se défendre?

—Elle n'a rien dit, rien fait. Les bandits sont venus tout droit à la portière en gens renseignés d'avance. Il n'y a pas eu, de leur part, la moindre hésitation entre elle et moi... et la chose s'est passée comme je viens de vous la conter... Sitôt l'infortunée morte, les brigands qui maintenaient les chevaux ou couchaient les postillons en joue, ont laissé la diligence continuer sa route.

—Ce serait donc uniquement pour assassiner cette femme que la diligence a été attaquée? avança Pipart.

—C'est à supposer, dit la comtesse.

—Pourquoi? reprit Pipart. Pour le savoir, il faudrait d'abord apprendre quelle était cette femme. Une enquête serait probablement arrivée à le découvrir.

Décidément, Croutot ne posait pas à l'homme sensible, car, à ces mots, il haussa les épaules en disant d'un ton railleur:

—Une enquête! comment l'auriez-vous faite votre enquête? En cherchant quelqu'un qui, à la vue du cadavre, aurait pu révéler quelle était cette inconnue... C'était là, n'est-ce pas, le résultat probable de l'enquête?

—Sans doute, affirma Pipart.

—Alors, sache donc, citoyen, que, quand le corps de la femme a été relevé sur la route par des gens d'Ingrandes, il était décapité... Coupe-et-Tranche devait avoir un intérêt majeur à ce que la victime ne fût pas reconnue, puisqu'il a fait disparaître la tête.