—Tiens! c'est le flandrin de Fichet!

Fichet avait, de lui-même, une idée trop flatteuse pour tolérer qu'on plaisantât sur son individu. À cette épithète de «flandrin» qui lui était octroyée, il se roidit, l'œil rond, la moustache hérissée, les coudes en dehors, et, d'une voix hargneuse, lâcha cette réplique:

—Que si vous vous fichez de moi, je vous prouverai bien le contraire!

Mais phrase, ton et pose n'alarmèrent nullement l'aubergiste Jupart qui, tout rieur, lui montra les plats qui couvraient la table en disant:

—Puisque tu fais tant que d'ouvrir le bec, que ce soit au moins pour manger. Allons prends une chaise et fais comme nous, graine de melon.

Graine de melon! Cette fois, vingt pots de moutarde montèrent au nez de Fichet. Gendarme et aubergiste n'allaient pas être cousins, quand une sorte de coup de théâtre fit tomber à plat la colère de Fichet. L'hôtelier, toujours en riant, venait de porter la main à son abondante chevelure et, d'un tour de poignet, soulevant cette toison frisée qui n'était autre qu'une perruque, il offrait au regard de Fichet une tête aux cheveux grisonnants, coupés à l'ordonnance.

—Le brigadier Bondu! s'écria Fichet surpris.

—Oui, et regarde aussi ceux-là, dit l'aubergiste en désignant ses deux fils.

Le mot de «flandrin» dont il avait été salué à son entrée, avait fait que Fichet n'avait eu d'yeux que pour celui qui le baptisait aussi désagréablement. Sur l'invitation qui lui était faite, il tourna son regard sur les deux autres convives.

—Cachois et Potain! s'exclama-t-il en reconnaissant deux camarades.