Et, avant que Fichet, ahuri, pût demander une explication, Lambert, son compagnon, qui venait de mettre les chevaux à l'écurie, entra dans la salle.

À la vue de l'arrivant, l'aubergiste, ou, pour mieux dire, le brigadier Bondu, partit d'un éclat de rire et s'écria:

—Dire que, depuis six mois que le Bon-Repos s'est transformé en souricière, les deux premiers qui nous arrivent sont deux gendarmes!

Le brigadier avançait la vérité.

Dans l'espérance de mettre la main sur quelques-uns des Chauffeurs qui étaient parvenus à se soustraire par la fuite aux griffes de la justice, les autorités de Chartres, sur le conseil du lieutenant Vasseur, avaient fait de l'auberge une souricière par une fausse vente au soi-disant Jupart.

Or, comme pas un chat n'avait mis le pied dans l'établissement, Bondu et ses hommes, n'ayant à relever aucun visage suspect, seraient morts d'ennui si, dans la cave bien garnie, et l'amoncellement des provisions fait par Doublet, ils n'avaient trouvé le moyen de tuer le temps à table... et, dame! ils le tuaient consciencieusement.

—Non, depuis qu'on a empoigné Doublet, pas un gredin de ses complices n'a montré son nez ici, appuya Bondu en terminant le récit de sa mission à Fichet et à Lambert qui avaient écouté tout en jouant de la fourchette et du verre.

—Heu! heu! moi, je n'en jurerais pas! lâcha Lambert entre deux bouchées.

—Tu crois que quelques chenapans sont entrés ici sans que nous ne les ayons aperçus à temps? Qu'est-ce qui te fait dire cela, gros malin? demanda le brigadier d'un ton froissé.

—Il en est entré au moins un, insista Lambert.