—Vous êtes les trois témoins exigés par le décret. Veuillez donc me dresser votre acte de reconnaissance.
Séance tenante, Croutot écrivant, ils rédigèrent le certificat qui, attestant que Jeanne-Clotilde, veuve du comte de Méralec, était bien fille de défunt Raoul-Ivon-Louis Jarniel, marquis de Brivière et lui reconnaissait le droit d'entrer en jouissance de ceux des biens paternels que les événements politiques avaient laissés libres.
[XI]
La belle et jeune Clotilde de Brivière, comtesse de Méralec, était une des premières rentrées en France de l'émigration. Aussi, dans le pays, avait-il été beaucoup parlé d'elle avant même qu'elle fût revenue dans le château de ses pères.
Huit jours avant qu'elle fît son apparition, son retour avait été annoncé partout par son fidèle métayer Cardeuc, dit le Marcassin. Il avait été dans tous les environs, en tous coins, en toutes chaumières, colportant la lettre qu'il avait reçue de la comtesse lui annonçant sa prochaine arrivée, avec tous les détails et renseignements sur le voyage, à petites journées qui, du fond de l'Allemagne, la ramènerait au manoir de Brivière.
Il fallait voir avec quelle joie le métayer exprimait son bonheur de revoir bientôt la dernière de cette illustre race des Brivière que, depuis deux cents ans, de père en fils, la famille des Cardeuc avait servie.
Et, quand un acquéreur de quelque lopin de terre ayant appartenu au domaine de Brivière, plaidant sa cause en ayant l'air de s'intéresser à celle du Marcassin, lui disait:
—Mais, Cardeuc, tu as acheté ta métairie quand, après la confiscation, elle a été vendue comme bien national. Est-ce qu'il te faudra la rendre?
Alors le Marcassin regardait le questionneur de son œil sombre et répondait d'une voix qui sonnait menaçante:
—J'ai acheté ma métairie pour la conserver à la fille de mes maîtres et je compte qu'il en sera de même de tous ceux qui ont acquis des biens du domaine.