—Dites pour dame de compagnie, Cardeuc, avait répondu la veuve.
Et, le lendemain, Gervaise avait fait son entrée au château de Brivière.
C'était le jour même des débuts de Gervaise auprès de la comtesse, que celle-ci avait reçu les deux officiers municipaux, Pipart et Croutot, qui l'avaient définitivement mise en règle avec toutes les exigences du décret sur la rentrée des émigrés.
Elle était belle et riche, la veuve revenue. Cela devait inévitablement attirer à elle tous ceux qui méditeraient de lui faire, à leur profit, convoler à de secondes noces. De son côté, Clotilde avait vingt-trois ans, âge qui n'est pas précisément celui où on se complaît en une solitude profonde.
De plus, le pays sortait d'une phase lugubre. Pendant de longues années de guerre civile, on avait été privé de plaisirs et de distractions aimables.
En conséquence, quand on sut que la Brivière était habitée par une châtelaine de première beauté, avenante et gaie, chez laquelle on trouvait bon accueil et bonne table, ce fut, dans la société de choix, en plus des coureurs de dot, à qui se ferait admettre chez la veuve. Tant et si bien qu'à la fin du premier mois, le manoir était le rendez-vous de toutes les autorités des environs et de tous ceux qui savaient se présenter.
Au milieu de ce tohu-bohu, Gervaise n'était pas oubliée par la comtesse, pour laquelle elle s'éprenait d'une affection sincère. Elle avait ses heures auprès de madame de Méralec, car toutes les matinées la réunissaient à la veuve. Alors c'était de longues et affectueuses causeries, où la comtesse se plaisait à faire raconter tout son passé à la jeune fille.
—Mais, au moins, sais-tu quand reviendra ton père? lui demandait-elle.
—Je l'ignore. Mon oncle, quand je l'interroge, me dit qu'il doit être en Italie, suivant l'armée française, qu'il ravitaille de chevaux et de fourrages, et il m'affirme que nous devons nous attendre à le voir venir nous surprendre au premier jour.
Et lorsque, pour la dixième fois, Gervaise lui contait son aventure de la Biche-Blanche: