—Oui, madame.
—Eh bien, ma bellote, pas plus tard que ce soir, je reçois à dîner des militaires... un général et sa suite... Il est probable que quelques-uns se présenteront sous l'habit bourgeois. Tu seras à même de juger s'ils n'ont pas le même défaut que tu reproches à ton amoureux.
Madame de Méralec disait vrai. Le soir même, elle attendait le général Labor qui, affirmait le bruit public, devait bientôt diriger en chef le mouvement de troupes qui allait, d'un seul coup, anéantir les bandes.
De Nantes, où il aurait été trop loin, le général Labor était venu, avec toute sa suite, s'établir à Ingrande, point central de l'opération. Dès le second jour, la réputation de beauté de la comtesse et les éloges de sa fastueuse et aimable hospitalité étaient venus à ses oreilles.
Le général Labor aimait les jolies femmes et la table. Les occasions lui étaient rares de contenter ces deux goûts. Il s'était empressé de demander la permission de présenter ses hommages à la comtesse qui avait répondu par une invitation à dîner.
Le soir donc, le général Labor et ses officiers vinrent s'asseoir à la table où madame de Méralec le recevait pour ainsi dire dans l'intimité, car rien que trois invités civils, dont l'ogre Pipart, partageaient ce repas.
Le Marcassin avait obtenu de sa maîtresse la permission de se mêler aux gens de service, pour pouvoir admirer tout à son aise le brave soldat qui allait enfin délivrer le pays du redoutable Coupe-et-Tranche et de sa bande.
La veuve était trop jolie pour n'avoir pas le droit d'être indiscrète. Elle en abusa vers le milieu du repas.
—Eh bien, général, demanda-t-elle avec son plus aimable sourire, quand entrez-vous en campagne?
Labor en était à son dixième verre d'un vin généreux qui lui chauffait le cerveau. Le regard de la comtesse lui fit chaud au cœur. Sous l'influence de cette double chaleur, il oublia d'être prudent.