Madame de Méralec posa sur le bras du général sa main exquise de forme.

—Pas de chance! en quoi donc, mon cher général? demanda-t-elle d'une voix qui tinta mélodieusement aux oreilles de Labor, dont les yeux s'attachaient ardents sur la main qui s'appuyait sur lui.

L'ouïe! l'odorat! la vue! Labor, sur cinq sens, en avait trois si agréablement charmés qu'il répondit sans trop réfléchir:

—À défaut de Meuzelin, j'avais demandé qu'on m'envoyât de Chartres un homme qu'on m'avait beaucoup vanté... Il paraît, m'annonce la dépêche, que, lui aussi, il a disparu.

—C'était aussi un agent de police?

—Oh! non!... c'est un brave lieutenant de gendarmerie, nommé Vasseur.

Si le général n'eût été absorbé dans la contemplation de la main de la comtesse, il aurait été grandement étonné en voyant la pâleur qui, subitement, avait envahi le visage de la jolie femme.

Quand le général, mettant fin à son extase devant la main de la veuve, releva les yeux, la comtesse n'avait pu encore complètement maîtriser le trouble qu'avait causé le nom de Vasseur.

À la vue de ce visage altéré, la fatuité monstrueuse du militaire le poussa aussitôt à une énorme bourde qui nécessite quelques explications.

Labor était, comme on dit, fils de ses œuvres. Ancien garçon boucher que le recrutement avait, jadis, ramassé en un jour d'ivresse, il était sergent lorsque la révolution avait éclaté. C'était un risque-tout, aimant la poudre, brave jusqu'à la témérité. Les guerres de la République lui avaient tant fourni l'occasion de prouver son audace qu'il avait promptement fait son chemin.