Au lieu de reprendre la lettre, il s'éloigna du guéridon en se disant:

—La belle, décidément, m'adore à ce point qu'elle n'est plus maîtresse de cacher sa passion.

Cependant la veuve avait commandé à son embarras. D'un ton qui implorait encore, elle reprit:

—Parlons d'autre chose.

Au hasard, sans réfléchir, car, dans son trouble, le sujet de diversion qu'elle proposait était lugubre, elle ajouta:

—Parlons de l'assassinat de Patigneul.

—Mais, fit le général, Patigneul n'a pas été assassiné. Sa mort résulte d'un accident. Comme je vous l'ai dit, l'ivrogne avait tant bu à votre office qu'il ne pouvait plus se tenir à cheval. Il a vidé l'étrier à deux cents pas au plus de mon cantonnement. Quand une patrouille a ramassé le corps, un énorme trou à la tempe et un gros caillou ensanglanté retiré de dessous sa tête expliquaient suffisamment que sa mort provenait d'une chute de cheval.

—Et c'est avec l'idée qu'en trouvant le corps on trouverait aussi son billet que Meuzelin a glissé son écrit dans la poche de Patigneul, avança la veuve.

—Oh! ce n'est pas supposable. Il est plutôt à croire que Patigneul, avant sa chute, avait dû rencontrer le policier qui l'avait chargé de me remettre son billet.

—S'il se sait attendu par vous, pourquoi Meuzelin, au lieu d'écrire, ne vient-il pas? objecta madame de Méralec.