—Barnabé Gobin, surnommé Fil-à-Beurre, à cause de mon embonpoint, déclara tranquillement l'interrogé.

[XIII]

C'était bien, en effet, le brave et bon Fil-à-Beurre. Par quel miracle avait-il échappé à la catastrophe qui avait anéanti la Saunerie? Qu'étaient devenus ses compagnons? Pour le savoir, il faut retourner au moment où, traqués par le Beau-François et ses Chauffeurs dans la masure, ils s'attendaient à être attaqués de deux côtés à la fois.

En même temps que Barnabé découvrait la ruse des assaillants qui entassaient des combustibles sur le faîtage de la bicoque pour leur faire tomber sur la tête la toiture en feu, Vasseur avait surpris, sous ses pieds, un bruit de coups sourds qui, en ébranlant le sol, indiquait un travail de sape souterrain pour arriver jusqu'à eux.

—Saperlotte! Par en haut, par en bas, nous allons avoir tout à l'heure bien de la réjouissance, avait dit l'échalas au lieutenant.

Mais, tout à coup, une idée subite était venue à Vasseur. D'un signe, il avait appelé à lui Lambert et Fichet et, à eux et à Barnabé, il avait dit vite à voix basse en leur montrant le sol à l'endroit où s'entendait le bruit:

—Vite, vite, déblayons la place de ces décombres. À coup sûr, le salut nous arrive par ici. Pourquoi ceux qui travaillent là-dessous, s'ils sont des Chauffeurs, tiendraient-ils à arriver jusqu'ici quand ils savent que, tout à l'heure ce toit va nous anéantir sous l'incendie?

Alors, donnant l'exemple, Vasseur s'était mis à la besogne après avoir ajouté:

—Ce doit être Meuzelin.

L'instant n'était pas aux si et aux mais, ni à discuter la supposition du lieutenant; il fallait agir, et promptement, car l'ennemi en était à apporter là-haut ses dernières brassées d'herbe sèche et de bois mort.