—Oh! nos cadavres? dites plutôt ses jaunets, ricana Fil-à-Beurre en faisant bruire les pièces d'or entassées dans le fond de son chapeau.

—Qu'il cherche cadavres ou jaunets, nous allons profiter de sa distraction pour filer à toute vitesse, reprit Meuzelin.

—Vous aussi? demanda Vasseur.

—Moi tout le premier, affirma Meuzelin. Maintenant que j'ai levé le masque, il ne fait plus bon pour moi en ces lieux, que je vais quitter à tout jamais.

—À tout jamais! répéta Vasseur; vous allez donc abandonner votre auberge?

—Mais je n'ai jamais été aubergiste, dit le policier en riant.

Et montrant du doigt Pancrace:

—Voici, continua-t-il, le vrai propriétaire de la Biche-Blanche. Dans la diligence qui m'a amené ici, j'ai rencontré ce brave garçon qui revenait de Paris où il apprenait le commerce. Il était rappelé à la Biche-Blanche par la terrible nouvelle que son père, attaqué chez lui, et torturé par les Chauffeurs, était mort de ses souffrances en laissant la Biche-Blanche sans maître. Pendant la route, nous causâmes. Pancrace était tout ardent de vengeance contre les Chauffeurs. Je m'ouvris à lui sur ma mission de débarrasser le pays de ces mécréants. En haine de ceux qui avaient tué son père, Pancrace, qui revenait homme au pays d'où il était parti gamin, ce qui ne lui laissait pas à craindre d'être reconnu, consentit à me céder son rôle.

Ceci débité, Meuzelin demanda gaiement:

—Dites-moi, à présent, si c'est l'auberge qui m'empêche de partir.