—Alors, Meuzelin, demanda-t-il, pourquoi l'as-tu épousée puisque tu la connaissais?

—Justement, parce que je la connaissais, appuya l'agent. Aujourd'hui que le divorce sépare en dix minutes des gens mariés de la veille, j'ai tenté l'épreuve... et puis, à défaut du divorce, n'avais-je pas la guillotine qui, demain, si je l'avais voulu, m'aurait fait veuf.

La voix du policier prit un accent de gaieté sinistre pour continuer:

—Pouvait-elle se méfier du grotesque époux, de l'imbécile Saucisson-à-Pattes? Jamais n'aurait pu lui venir le soupçon que si je l'avais amenée sous mon toit, c'était pour surprendre, un à un, les secrets de tous les crimes auxquels elle avait pris part. Combien de nuits ai-je passées, guettant, penché sur sa couche, les mots échappés à son sommeil secoué par de terribles cauchemars!

Le policier montra encore la porte et poursuivit:

—Quand, hier soir, j'ai préparé cette entrée au châtiment qui allait venir, j'ai hésité un moment, et ma main s'est tendue vers les verrous que je n'avais qu'à fermer pour lui sauver la vie. Mais toute ma pitié s'est éteinte au souvenir que la maudite n'avait jamais eu pitié des autres... même des siens... même de sa pauvre sœur Julie, pauvre fille qu'elle a sacrifiée de complicité avec un scélérat du nom de Croutot... que je trouverai, lui, un jour ou l'autre.

Et d'un accent ému, le policier prononça lentement:

—Une bien triste histoire que celle de Julie! Au premier moment, je vous la conterai.

Cela dit, Meuzelin se secoua brusquement comme pour se débarrasser de son émotion et s'écria:

—La Saute est morte, n'en parlons plus. Comme on dit: Morte la bête, morte le venin!