—Alors, mon garçon, tu vas mettre un fer à ce cheval, et fais vite, car nous avons hâte de partir.

Le maréchal marcha vers sa forge suivi par les voyageurs amenant après eux chevaux et voiture.

—Fais vite, fais vite, nous sommes pressés, répétait Meuzelin au maréchal qui forgeait son fer en tendant l'oreille.

D'un clin d'œil, Meuzelin commanda aux siens de ne souffler mot. Ce silence irrita le besoin qu'éprouvait le maréchal de parler. Aussi, en enfonçant son premier clou, il dit au policier qui lui tenait le pied du cheval:

—Tu as trouvé le village bien alarmé par ce drame sanglant, citoyen magistrat.

—Que veux-tu, citoyen, les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Aujourd'hui on est dans la consternation; hier on sautait aux crins-crins d'une noce.

—Personne ne s'est marié hier à Monciel, déclara le maréchal en rabattant son second clou.

—Ou on fêtait joyeusement un nouveau-né, dit insoucieusement le policier.

—Le dernier nouveau-né date de trois semaines.

—Enfin, quoi? je veux dire que si aujourd'hui Monciel est en alarme, il était peut-être hier dans la joie. Le corps n'est pas de fer, que diable! On ne peut pas toujours travailler. Il faut bien se reposer un brin en se donnant du bon temps. Tel qui travaille aujourd'hui, hier la passait douce.