—Fichet et Lambert, reficelez-moi cet aimable garçon, et en route.

—Vous m'emmenez? fit le maréchal tellement atterré qu'il se laissa lier sans résistance.

Meuzelin se mit à rire.

—Croyais-tu que nous allions te donner la clef des champs? Au fond, c'est dans ton intérêt. Ne nous as-tu pas conté que Coupe-et-Tranche te ferait tuer au plus petit soupçon de trahison? Eh bien, nous allons te mettre à l'abri de cette mort violente en te cachant dans la prison d'Angers.

Puis comme, en parlant, il s'était assuré que les deux soldats l'avaient solidement garrotté, il commanda de le porter dans la voiture.

Il fallait rebrousser chemin. C'était dur pour Vasseur qui n'était plus qu'à quelques lieues de Gervaise; mais il se résigna en pensant que c'était affaire de quatre ou cinq heures, juste le temps de conduire le bandit sous les verrous.

—Demain, vous la verrez, lui promit Meuzelin à qui, pendant le voyage qu'il venait d'accomplir en compagnie, il avait fait confidence de son amour.

Le lieutenant et ses hommes remontèrent en selle, et, après que Barnabé eut soigneusement refermé la porte de la maréchalerie, on se mit en route. Vasseur marchait en tête, escorté par Fil-à-Beurre jouant de ses longues jambes. De droite et de gauche, Fichet et Lambert escortaient la voiture que conduisait Meuzelin assis sur la banquette de devant. Au fond du véhicule, le prisonnier était étendu sur la paille, à côté du panier contenant la tête.

On n'était pas à plus de cent toises du village de Monciel, que le maréchal, tremblant d'angoisse, éprouva le besoin de remonter son moral qui voyait l'avenir en noir.

—Vous m'avez promis que j'aurais la vie sauve, dit-il au policier dont le silence l'inquiétait.