—Oui, j'ai promis... à condition que tu dirais la vérité.

—Aussi l'ai-je dite entière.

—Heu! heu! en es-tu bien sûr? lâcha l'agent d'un ton de doute.

En branlant la tête d'un air indifférent, il continua à mots traînés:

—Après tout, c'est ton affaire! Du moment que peu t'importe d'avoir le cou coupé, je comprends que tu ne vides pas le fond de ton sac.

Il y eut une crise de désespoir chez le maréchal. Après en avoir tant dit, cela ne comptait pas! Aussi sa voix frémissait-elle de peur quand il s'écria:

—Mais vous le connaissez, le fond de mon sac!

—Alors ton sac possède un double fond où sont enfermés quelques aveux que tu ne juges pas utile d'en faire sortir.

Cela dit, l'agent prit un ton tout bonhomme, tout amical pour poursuivre:

—C'eût été, pourtant, bien agréable pour toi, pendant qu'on aurait guillotiné tes camarades, de te trouver libre comme l'air, ayant même en poche une somme d'argent assez rondelette pour te permettre d'aller t'établir au loin... Vois-tu d'ici la vie heureuse que tu aurais menée?