—Que voulez-vous savoir?
—Conte-moi, bien en détail, quelle était la femme assassinée. Dans quel but on l'a tuée. Pourquoi on avait intérêt à faire disparaître sa tête.
Et Meuzelin, se renversant sur la lanière en cuir qui servait de dossier à sa banquette, tendit l'oreille aux aveux de son compagnon de voiture.
Au bout de deux heures, quand Vasseur et Barnabé qui, tout en causant, avaient un peu forcé leur marche, ne furent plus qu'à quelques portées de fusil du faubourg d'Angers, ils s'arrêtèrent pour attendre la charrette que l'allure lente du cheval poussif, qui la traînait, avait laissée fort en arrière. Elle apparaissait au loin, toujours escortée par Fichet et Lambert.
Bien qu'on ne fût pas en service, le lieutenant n'en maugréa pas moins à la vue de ses soldats chevauchant de chaque côté de la voiture.
—À eux deux, ils n'ont pas même la cervelle d'une linotte. Ils devraient savoir que leur poste est derrière le véhicule. Ce qui leur permet de surveiller à la fois les côtés et le fond. Postés comme ils le sont, rien n'empêche le prisonnier de s'évader par l'arrière de la charrette.
—Oh! oh! fit Fil-à-Beurre; je crois, lieutenant que vous comptez sans notre ami Meuzelin. Il doit ouvrir un œil vigilant sur le misérable qui, de plus, est mieux ficelé qu'une andouille.
Barnabé achevait quand Vasseur partit d'un franc rire.
—Tu tombes mal à dire que Meuzelin doit ouvrir un œil! Il m'a plutôt l'air de fermer les deux yeux.
En effet, la distance raccourcie permettait de voir l'agent qui, renversé sur le dossier de son siège, dormait comme un bienheureux. Sa tête ballottait de droite et de gauche à chaque cahot de la charrette que son cheval conduisait, la bride sur le cou, en pleines ornières de la route.