Le mot de «cher» émoustilla le soldat. D'une main hâtive, il prit la plume, la trempa dans l'encre et la pointa sur le papier. Mais avant la première lettre du premier mot, il s'arrêta soudain:
—Eh bien? fit la veuve étonnée.
Ce qui immobilisait la main de Labor était bien naturel. Le général était un intrépide soldat que sa valeur, à cette époque où l'on montait vite en grade, avait signalé à un avancement mérité; mais, on le sait, son instruction était des plus bornées. Il savait lire. Quant à écrire, l'ancien garçon boucher s'en tirait de façon burlesque. De grosses lettres bossues, bancales, crochues, arrivaient à tracer des mots dont l'orthographe faisait dresser d'horreur les cheveux de qui était appelé à les lire. Aussi, Labor, chaque fois qu'il avait à écrire, s'en tirait-il en empruntant la main d'un de ses aides de camp.
Là, sous les yeux de la comtesse dont il avait entrepris la conquête, le soldat, si épaisse que fût sa vanité, eut conscience qu'il allait être ridicule et sa main était restée inerte.
—Eh bien? répéta la veuve.
—C'est que, cette nuit, je me suis un peu foulé le poignet. J'avais oublié ce mal qui, tout au plus me permettrait de signer mon nom, dit-il pour excuse.
Puis, sur un ton de prière:
—Si vous écriviez pour moi, comtesse?
—Oh! y pensez-vous, général! Une écriture de femme à vos soldats! s'écria la veuve.
En montrant le billet de Meuzelin qui était sur la table, elle continua railleusement: