Sans doute que le lieutenant était au courant du langage de Fichet, car, sans relever le mot, il répondit d'une voix qui vibrait de haine:

—Eh bien, mon brave, nous allons chercher la tête du Beau François.

Savoir qu'on allait chercher la tête du Beau François, c'était déjà bien; mais la curiosité de Fichet n'était qu'à demi satisfaite, car il reprit:

—Et, subséquemment à la conséquence, pouveriez-vous m'octroyer la licence que je saverais ous qu'il est le Beau François?

—Oh! oh! fit le lieutenant, tu m'en demandes trop, vieux Fichet. Autant que je puis croire, notre homme doit se trouver en Sarthe, en Mayenne ou en Maine-et-Loire, c'est-à-dire du Mans à La Flèche ou de Laval à Angers et Saumur. Tu vois que nous avons devant nous un bon bout de promenade.

—Une promenade plantée de coups de fusil! grommela Lambert après avoir entendu cet itinéraire qui leur donnait à traverser tout le pays que venait de désoler la terrible guerre des chouans.

Fichet, on l'a vu, n'était pas une de ces intelligences auxquelles on confie la destinée des empires; mais c'était un intrépide soldat, allant droit au danger sans barguigner, sabreur de première force, grand amateur de plaies et de bosses.

À la réflexion de son camarade, il débita gravement:

—Que les coups de fusil, c'est la santé des gendarmes.

—Mazette! alors nous allons nous porter comme des charmes dans le satané pays où nous conduit le chef... s'il est vrai que les coups de fusil soient la santé du gendarme, riposta moqueusement Lambert.