En effet, pendant six années consécutives, les pays cités par Vasseur avaient été le théâtre de cette lutte sanglante qu'on a appelée: «Une guerre de géants», guerre sans pitié ni merci des chouans et des Vendéens contre les troupes de la République, et qui, depuis quelques mois seulement, avaient pris fin sous les derniers coups du général Brune.

Mais, derrière les vrais chouans pacifiés, qui étaient rentrés dans leurs foyers, le pays était resté la proie de bandes armées, nombreux ramassis de vauriens qui, se donnant toujours pour chouans, pillaient les campagnes, arrêtaient les diligences, incendiaient les villages.

Des renseignements guidaient-ils Vasseur? Était-ce plutôt qu'un pressentiment lui disait que le Beau François, après sa bande détruite, avait dû aller continuer ses exploits chez les faux chouans? Toujours est-il que le soldat intrépide avait résolu d'aller chercher son bandit au milieu même des hordes formidables qui le protégeaient.

Précédant de quelques pas le cheval du lieutenant, Fil-à-Beurre avait entendu Vasseur détaillant à Fichet la marche à suivre. Aussitôt, se portant de côté, il s'était laissé dépasser par le cheval et quand il fut au côté du cavalier, il demanda, en observant la consigne:

—Ainsi, citoyen Rameau, nous irons jusqu'à Saumur?

—Oui, Barnabé; et, le fallût-il pour retrouver mon coquin, nous redescendrons la rive gauche de la Loire jusqu'à Champtoceaux.

—Ah! fit Barnabé avec une intonation joyeuse qui surprit Vasseur.

Puis, après une courte hésitation, et d'une voix qu'il s'efforçait vainement de rendre indifférente, il reprit:

—Alors nous passerons par Saint-Florent-le-Vieil?

La main du lieutenant s'abattit aussitôt sur l'épaule du squelette ambulant, qu'elle serra entre ces doigts crispés et, en même temps, Vasseur articula ces paroles pleines de soupçon.