—Après tout, pensa-t-il, elle sera une fort belle maîtresse qui me posera devant les autres femmes.

Madame de Méralec, gracieuse, souriante, s'était approchée de lui, et d'une voix caressante:

—Cela dit, général, reprit-elle, je n'en conserve pas moins l'espérance que vous voudrez bien accepter mon dîner de ce soir.

Ce mot de «dîner» fut comme le coup de trompe appelant la meute à la curée, car, après un léger coup frappé à la porte, il fit apparaître un cadet de haut appétit.

C'était Pitard, le vorace convive qui, entre deux plats, caressait un gigot de dix livres, sans que ce supplément lui fît perdre une bouchée de tous les mets du menu offert aux invités. De ce qu'il avait dîné la veille chez la comtesse, Pitard se regardait comme convié à perpétuité, et il arrivait le bec enfariné, les narines encore frémissantes des parfums de la cuisine où il avait été faire un tour avant de se présenter.

—Je venais déposer mes hommages aux pieds de madame la comtesse, annonça-t-il.

—Et vous avez bien choisi l'heure pour les déposer, car, dans vingt minutes, nous allons nous mettre à table. J'espère, Pitard que vous ne me ferez pas l'affront de refuser mon modeste dîner, débita la veuve avec un sérieux imperturbable.

Le pique-assiettte s'inclina profondément.

—Ce sera pour obéir à madame la comtesse, déclara-t-il d'un ton mielleux.

—Alors, asseyez-vous là, mon excellent Pitard, et attendons, en compagnie, l'annonce de mon maître-d'hôtel, invita la veuve en lui montrant un siège.