Au lieu de s'asseoir, Pitard hésita et finit par dire:

—C'est que je ne suis pas venu seul.

—Serais-je assez heureuse pour que vous ayez eu la bonne idée de m'amener un autre convive?

—C'est mon collègue à la commune; vous savez bien, madame, le citoyen Croutot.

—Ah! oui, ce troisième témoin qui s'est fait un peu prier pour signer, il y a un mois, mon constat d'identité, se rappela la comtesse.

Elle parut se consulter, puis elle reprit:

—Eh bien, Pitard, aller chercher le citoyen Croutot.

Le citoyen Croutot devait attendre dans la pièce voisine, car, tout aussitôt, il apparut derrière Pitard qui rentrait. Le petit homme, depuis le jour où il s'était, pour la première fois, trouvé en présence de madame de Méralec, semblait, comme on dit, avoir mis de l'eau dans son vin. Il avait quitté son air de roquet hargneux et lui qui, à la dernière entrevue, avait tant affecté, à l'égard de la veuve, d'user du tutoiement républicain, s'inclina des plus respectueux en disant d'une voix humble:

—Je prie madame la comtesse d'agréer mes devoirs.

L'avorton, on le voit, tant raidichon et si important d'habitude, changeait du tout au tout avec ceux qui lui demandaient, à l'oreille, des nouvelles de «la pauvre Julie qui aimait tant à aller sur l'eau». Ce secret, paraît-il, le rendait plus souple qu'un gant. Autant, son œil, autrefois, était impudent et railleur, autant, à l'heure présente, il se montrait sombre et inquiet. Il était évident que Croutot devait vivre sous le coup d'une préoccupation constante, dont la cause s'était produite depuis peu et qui, sans doute, lui avait fait suivre Pitard chez madame de Méralec.