—Non, non, dit-il, fais les portions. Je serai revenu avant que tu aies fini.
Je l'entendis qui arrivait par le couloir séparant la maison en deux.
En une seconde je fus enseveli sous dix bottes promptement rejetées sur moi. Je me tins plus immobile qu'un mort, retenant ma respiration.
Annette avait eu tort de s'alarmer, car le danger... si danger il y avait... était des plus minimes, puisque le père venait sans avoir pris de lumière.
Bientôt il entra. En pleine obscurité, il n'avait qu'à étendre la main pour prendre une botte à tâtons, puis à s'en aller.
Au lieu de cela, il demeura immobile dans un coin, où je me rappelais avoir vu, dans la journée, un tonneau d'avoine. En même temps qu'il poussait un «hem!» étouffé, qui trahissait un effort de sa part, je crus ouïr un roulement sourd. Ensuite résonna, bien faiblement pourtant, comme un bruit de monnaie; puis un autre «hem!» et un nouveau roulement, auquel succéda un frôlement de souliers sur le sol, comme si le père s'occupait à faire disparaître une trace. Après quoi, il prit la botte de fourrage la plus proche et s'en alla.
Tout cela n'avait pas duré la dixième partie du temps que j'ai mis à vous le conter.
Sitôt qu'il avait été parti, j'avais replacé l'œil à la lézarde de la cloison. Je le vis reparaître et se mettre à table en disant:
—Ma botte est dans la voiture. C'est un en-cas. Il m'arrive souvent d'être obligé de m'arrêter, la nuit, dans de si pauvres endroits que mon cheval se voit devant un râtelier vide.
Pour moi, la botte de fourrage n'était qu'un prétexte dont il s'était servi afin de venir se livrer à la mystérieuse occupation que j'avais entendue.