—Oui, oui, railla-t-elle, une chaumière et un coeur. Je connais cela par ouï-dire. Il paraît que ce n'est pas sans charme. Mais si j'en essaie jamais, ce ne sera pas avec toi.

—Doutes-tu de mon amour? m'écriai-je, en voyant, sous ses paroles, poindre une espérance.

—Non, dit-elle, je te crois pincé pour moi et de la belle manière… Ce n'est pas ce motif qui me ferait refuser.

—Quoi donc alors?

—Ce qui s'est passé l'autre jour, quand je t'ai invité à prendre la porte… Que, demain, je consente à partager ta misère, cela ira bien pendant quelque temps… mettons deux ans… puis ton amour se refroidira. Tu sais? tout casse, passe ou lasse… Alors, tu te rappelleras l'affront reçu et, en te redressant sur tes ergots des Biéleuze, tu me rendras ma politesse. Et qui aura le nez cassé, si ce n'est Suzanne, laquelle aura bêtement donné gratis deux de ses plus belles années? Voilà pourquoi, vicomte, je ne te suivrai pas dans ta chaumière.

Puis, en s'écriant:

—Ah! si j'étais certaine de ne jamais être quittée, peut-être hésiterais-je à dire non, lança-t-elle.

Je voulus me confondre en serments; elle me coupa la parole.

—Oui, oui, continua-t-elle moqueusement, je sais la chanson que tu veux me chanter. Tu vas m'offrir ta vie, ta tête, ton sang, un tas de choses dont une femme n'a que faire et que les hommes ne sont pas chiches de proposer pour affirmer leur dévouement… Avec ça que j'y crois au dévouement des hommes!

—Mets le mien à l'épreuve! m'écriai-je en tombant à ses genoux.