—Est-ce qu'il va en conter pendant huit jours, ce bavard exécrable? pensait-il en étouffant un bâillement.

Car, avant cette nuit blanche, la journée avait été rude pour le colosse, qui sentait venir le sommeil.

* * * * *

Vasseur reprit:

Pendant que M. de Biéleuze parlait, plusieurs fois j'avais examiné Suzanne. Assise sur le sopha où l'avait clouée la menace du vicomte de lui faire sauter le crâne à sa première interruption, elle écoutait, vraiment belle et provocante dans sa toilette de nuit. Mais le charme était rompu pour moi, dont le dégoût et l'horreur avaient glacé les sens.

Après avoir essuyé avec son mouchoir la sueur glacée qui lui perlait au front, le vicomte de Biéleuze continua:

—Avoir pris les dés, c'était accepter le marché. Six jours de suite j'allai à Frascati m'attabler au creps; mais toujours, au moment de substituer, dans le cornet, les faux dés aux vrais, le courage me manqua. Impatientée par mes hésitations, Suzanne, hier, me donna la nuit prochaine pour dernier délai, en ajoutant qu'elle viendrait à Frascati au bras de celui à qui elle offrirait ce que je n'aurais pas su gagner.

Elle tint parole. J'étais ce soir à Frascati quand le son de sa voix me fit retourner. C'était elle, s'appuyant à votre bras, vous souriant de la bouche, des yeux, du doux son de sa voix caressante. Vous étiez le rival qui aurait ces baisers que je refusais de conquérir au prix de mon déshonneur.

Encore une fois, Vasseur fut interrompu par un petit rire du policier.

—Eh! eh! fit Meuzelin, vous avez joué le rôle de l'appât qui fait mordre le goujon à l'hameçon.