Le Beau-François, juste à cette minute, faisait un bien agréable rêve. Grâce aux quatre cent mille francs arrachés à Cardeuc, il se voyait, par avance, dans la maisonnette rêvée. Pendant qu'on guillotinait ses complices, lui, bien tranquille, n'avait d'autre souci que de rentrer ses foins. Quelle existence heureuse! Bonne table! bon vin! Adoré de sa ménagère qui l'engraissait, le dorlotait, le peignait, l'habillait! Pour un rien, elle lui sautait au cou et lui faisait un collier de ses deux bras en lui murmurant: Je t'aime!
En ce moment même de son rêve, le Beau-François sentait sa femme pendue à son cou et elle le serrait si fort tendrement, que cet excès de tendresse, qui menaçait de l'étrangler, réveilla l'heureux époux en sursaut.
Ce réveil fut loin de continuer son rêve.
Il avait bien le cou serré, mais, au lieu que ce fût par les bras blancs et potelés d'une épouse aimante, c'était par une main sèche et vigoureuse.
Et, à la place des mots: «Je t'aime!» il entendit une voix peu caressante qui accentuait sur le ton de la menace:
—Tu es mort si tu résistes!
Résister! Le pouvait-il quand il avait déjà les mains liées par des cordes qu'on achevait de nouer sur ses poignets?
Quand le garrottage fut achevé et parachevé, le policier lâcha le cou du colosse, dont la gorge desserrée laissa passer un juron énergique.
Soulevé par les pieds et les bras, il fut tiré de sa cachette obscure et apporté au milieu de la chambre.
Le jour était venu, pas encore bien clair, mais suffisant pour qu'on pût se reconnaître.