La supposition lui vint que Labor avait l'intention d'attendre, sans bouger de son siège, le réveil de la comtesse. En conséquence, il reprit à titre d'avis:
—Vous ai-je dit, général, que ma femme vient seulement de s'endormir. Vouloir vous demander de patienter ici jusqu'à la fin de son sommeil, n'est-ce pas disposer d'un temps qui vous est précieux?
Mais cette façon polie d'inviter le monde à montrer ses talons demeura stérile avec le soldat qui répondit:
—À défaut de la comtesse, je suis enchanté de vous avoir trouvé, monsieur de Méralec, car j'ai aussi affaire à vous.
Et, sans laisser le policier parler, il continua:
—Le gouvernement, en vous permettant, à vous émigré, de rentrer en France, a cru devoir prendre à votre égard certaines mesures de surveillance. Vous soupçonne-t-on d'être revenu pour comploter quelque coup royaliste contre la République? Cela ne me regarde pas. Mais j'ai reçu l'ordre de vous garder prisonnier dans le château en ne vous réservant que quatre personnes pour votre service.
Et Labor, cela dit, glissa la main sous son uniforme en ajoutant:
—Je vais vous donner lecture de cet ordre.
Or, Meuzelin connaissait l'ordre à fond puisque c'était lui qui l'avait obtenu du ministre de la police afin de pouvoir garder sous sa main la fausse comtesse de Méralec et, au moyen de la garnison de hussards, d'empêcher Coupe-et-Tranche et sa bande de délivrer leur complice.
Mais Suzanne lui avait échappé et, maintenant, il se trouvait pris dans le piège qu'il avait dressé à une autre. Pour pouvoir endosser le personnage du comte de Méralec, il avait cru utile de faire jouer sa propre personnalité à Fil-à-Beurre qui, actuellement, était pour Labor le vrai et seul Meuzelin.