Sa prison ainsi esquivée, Meuzelin n'en restait pas moins sous le coup de la surprise qui le tenait à propos du changement introduit. Il y avait là-dessous un coup de Jarnac dont il voulait avoir le mot et qu'il ne pouvait obtenir qu'en lisant l'ordre. Il croyait voir encore l'employé du ministère écrivant sous ses yeux et sa mémoire avait gardé le souvenir de la grosse écriture du bureaucrate. Ce fut pour parvenir à ce que le général lui montrât la lettre qu'il reprit en souriant:
—Savez-vous, général, que dans votre confiance, j'aurais été fort marri de ce cachot que me réservait ce que vous avez appelé une modification de vos premières instructions. Vous aviez grandement raison, quand vous m'annonciez que le second ordre ne confirmait «pas tout à fait» le premier… Tudieu! il s'en faut de beaucoup.
Labor hocha la tête à nouveau, et répliqua:
—Mais, très cher comte, mon «pas tout à fait» ne s'appliquait nullement à ce qui vous concerne. Il avait rapport à une autre personne…
—Une autre personne, répéta Meuzelin à tout hasard.
—Oui, fit Labor en traînant ses mots, un individu sur lequel le ministre me paraissait s'abuser étrangement et que, dans mon premier rapport, j'aurais déshabillé de la belle manière si ce second ordre ne m'avait prouvé que le ministre est enfin revenu de son engouement.
Et le général haussa les épaules, en lâchant:
—C'est étonnant, comme il se crée de fausses réputations! Une fois de plus, j'en ai eu la preuve à propos de Meuzelin.
—L'agent de police? fit Meuzelin sincèrement ahuri en entendant son nom.
—Lui-même, appuya Labor.